Comme des cordes de Stradivarius


La clef de sol

 

Dans la fêlure d’une vie qui déambule le long du quai

S’épanchent les langoureuses notes de l’instrument caressé.

Les mouettes égarées dans leur vol s’engouffrent sous les arbres

Toi, passante, au regard perdu dans le flot du fleuve

La musique te prend dans l’étreinte de ses sonores exhalaisons.

 

 

Dans l’échancrure bleue du regard de l’accordéoniste

Tu poses le tien, taie de velours sombre où arde le désir.

Le pavé du quai lisse chavire sous ton talon échasse

Tandis que captive des sons diffus dans l’air léger

Tu coules un corps souple et lascif dans l’harmonie plaintive.

 

 

Le musicien te plaît, ses doigts filent les chaînes sonores

Dévidant pour toi la partition sublime et étrange où tu songes :

Là-bas, au loin, dans la vapeur des eaux à fleur de lumière

Il est mon passeur, créant sur l’autre rive où il joue

Les rythmes ignorés qui me bouleversent l’âme.

 

 

 


 

 

 Le Miroir de Narcisse


 

 

Le Miroir de Narcisse

 

Sur la berge blonde où mûrit le coquelicot

Narcisse pleure son miroir perdu

Rides sur l’éclat du tain

Rayures de l’âme ciselant l’onde figée

Jaspures de sa chevelure saisie par le reflet

 

Narcisse le vieil contemple la  métamorphose

Quand la lumière du soir éclose

Lui renvoie de ses songes l’abstraite trame

Le visage s’est perdu dans l’entrelacs

Oublieux de Caravaggio

 

Dans le miroir repeint au-delà de l’énigme

Les larmes de Narcisse mesurent

L’évanescence des formes humaines

Somptueuse apparition

De son éphémère destin

 

Les larmes de Narcisse



 

 





 


Quête
 

 

A la terrasse d’un grand café

 

On voit passer quelques déboussolés

 

Corps dégingandés, pupilles dans les nuées

 

Quémandant dans l’azur troué

 

Si possible, leur part de nanan.

 

 

 

Quête singulière

 
 

On passe tous un jour avec cette allure-là

 

Cherchant dans le balbutiement des gens

 

Dans leurs yeux qui s’égarent un moment

 

Le sens de sa pauvre vie accrochée au néant

 

 

 

On s’assied sur le rebord de la fontaine

 

Où piaffent figés les chevaux d’un autre temps

 

On regarde l’enfant s’éclaboussant dans les jets d’eau rieurs

 

Et les vieillards usés qui attendent des tout petits riens

 

 

 

On est là dans le soleil depuis si longtemps

 

A questionner le pourquoi le comment

 

On vit sa vie à coup de blues, à coups de sentiments

 

Mais combien de temps faut-il pour s’appartenir vraiment ?

 

 

 

On a couché sa vie sur des plumards d’étoiles

 

Autrefois dans le bruit des guitares et des cymbales

 

On vivait dans la blancheur des nuits et la folie des jours

 

A cheval sur les flammèches du temps éphémère

 

 

 

Longtemps on a traqué l’idéal sur les voyageurs de passage

 

Course échevelée sur les beautés humaines

 

Pilotes inconscients au volant de nos vies courtes

 

Incorrigibles frondeurs défiant la camarde

 

 

 

Longtemps on cherche les complices aveux, les douleurs sereines

 

Nos fronts se sont heurtés à la misère humaine

Et nos cœurs s’y sont meurtris

 
 

Longtemps on cherche son rythme interne, sa musique intime

 

Plus de la moitié de sa vie pour trouver

 La rondeur de ceux qu’on aime.